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Cured, Two Imaginary Boys… La chronique !

La version traduite, très attendue, de Cured, Two Imaginary Boys de Lol Tolhurst sera disponible à partir du 19 janvier 2017 aux éditions Le mot et le reste. J’ai eu la chance d’avoir accès à une copie de cette version française. Et voici ma chronique…

De l’anonymat à la rédemption, en passant par le succès et une descente aux enfers. Voici en quelques mots comment résumer le parcours de Laurence Andrew « Lol » Tolhurst, membre fondateur de The Cure.

Viré du groupe en 1989, crédité d’un cinglant « other instruments » sur le livret de Disintegration, Lol a par la suite fondé 2 groupes : Presence, qui n’aura pas vraiment marqué l’histoire du rock, et Levinhurst avec sa seconde femme Cindy Levinson (et Michael Dempsey, premier bassiste de The Cure) qui propose de l’electronica de bonne facture.

On se rappelle également de la participation, en 2011, de Lol à la tournée Reflections de The Cure (soit 22 ans après son départ).

Et voici qu’en 2016, Tolhurst se décide à sortir un livre retraçant sa vie avec tout ce que cela comporte : sa rencontre avec Smith, The Cure, les addictions, la déchéance, la descente aux enfers puis finalement le salut. Et on peut légitimement se poser la question suivante : pourquoi ce livre ? Pour l’argent ? Pour témoigner et prouver à d’autres personnes en souffrance qu’elles peuvent s’en sortir ? Par simple envie ? Au premier abord, l’argent semble évident. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil à son site Web où il fait commerce de tout ce qui le rattache à The Cure : disques d’or, cartes postales vintage, tour books, badges, etc. Il est même possible, pour la modique somme de 1 000 $, de suivre un cours de 1 h de batterie via Skype. Bref… On pourrait penser qu’avec Cured, Two Imaginary Boys, Tolhurst exploite le filon The Cure. C’est donc avec certains à priori que j’entame la lecture du livre…

Mais mes craintes vont vite être balayées. On sent bien, dès les premières pages, que Tolhurst joue sur le terrain de la sincérité. Et il annonce la couleur dès le début du livre : « Les dialogues et discussions sont aussi proches de la réalité que possible et je les présente ici en toute honnêteté et en toute transparence. »

Il était une fois…

Lol Tolhurst retrace ainsi dans une première partie les origines du groupe, donc la rencontre avec Robert Smith et Michael Dempsey. Des premières répétitions chez les Smith aux concerts au Rocket puis à la signature avec Chris Parry sur son label Fiction, on suit avec curiosité et étonnement la genèse de ce groupe culte qu’allait devenir The Cure. Lol Tolhurst évoque bien sûr d’autres événements que les fans connaissent pour la plupart déjà : l’épisode Hansa, la tournée Génération X (dont le groupe fut viré après que Lol ait uriné par inadvertance sur Billy Idol alors en galante compagnie…), etc. Ces 150 premières pages sont passionnantes aussi et surtout parce qu’elle dressent le portrait de cette société étouffante de l’Angleterre des années 60 et 70, minée par le désespoir et l’absence de lendemain. Une impasse symbolisée par Crawley, ville de banlieue sans âme ni couleur, que les Imaginary Boys voulaient fuir à tout prix. Une fuite qui sera rendue possible par la musique.

J’aurais pu dire que dans Cured, Lol Tolhurst partage son respect et son admiration pour Robert Smith. Mais ce serait encore en dessous de la vérité. Dans le cas présent, il faudrait plutôt parler d’amour et d’adoration, tant Tolhurst place Robert Smith sur un piédestal. Ce modèle, le jeune Lol en avait bien besoin, lui qui se débattait en plein no man’s land affectif : un père alcoolique, absent, n’ayant jamais eu un geste de tendresse envers lui, une mère morte trop tôt (en 1981), une famille divisée… Pas vraiment le tableau idéal pour s’épanouir sereinement. Lol trouva l’équilibre et l’amour qui lui manquaient chez Robert et les siens… et dans The Cure.

Plus dure sera la chute

Dans la seconde partie du livre, qui couvre grosso modo la période post Three Imaginary Boys au Kissing Tour, Lol Tolhurst décrit l’enregistrement des albums et les tournées qui s’ensuivent. Et également le succès phénoménal que le groupe rencontre dans le monde entier. Les récits des concerts d’Athènes en 1985 puis ceux en Argentine en 1987 sont épiques et on prend bien la mesure de l’hystérie qui entoure la bande à Robert Smith en ce milieu des années 80. C’est également l’époque de grands turn-overs au sein de la formation avec des membres qui se succèdent dans The Cure : Porl Thompson, Andy Anderson, Mathieu Hartley, etc. Mais c’est surtout une tendance qui se confirme : Tolhurst et la boisson, c’est (malheureusement) une grande histoire d’amour…

Si Lol Tolhurst continue de couvrir d’éloges son ami Robert, il remet également les pendules à l’heure concernant son rôle au sein du groupe. Il est vrai qu’on imaginait Robert Smith seul maître à bord depuis les origines de The Cure (cela le deviendra effectivement avec le renouvellement du contrat avec Fiction en 1986). Or il semblerait que Lol ait fourni son lot d’idées, de paroles et de sons jusqu’à, approximativement, le grand virage pop-psyché de The Cure en 1983. Après cette date, ces apports créatifs se réduiront comme peau de chagrin, la faute à une consommation outrancière d’alcool et d’autres substances. Une lente mais inexorable déchéance, qui marquera le début d’une ère de souffrance pour Tolhurst, marquée par son renvoi du groupe peu de temps avant la sortie de Disintegration en 1989. Il connaîtra alors une accalmie (il cesse de boire définitivement) mais qui s’avérera de courte durée.

Ombre et lumière

Car l’épisode suivant, qui va emmener Lol Tolhurst au fond du trou, c’est le procès qui l’oppose à Robert Smith et à Chris Parry, représentant de Fiction Records. On apprend que l’idée d’une vengeance, qu’il regrette amèrement aujourd’hui, lui a été soufflée par un avocat. Fébrile psychologiquement, et influençable, Tolhurst s’est alors jeté à corps perdu dans une spirale infernale qui allait causer sa perte. 

Et ce dernier tiers du livre est la partie la plus éprouvante et la plus belle. Car suite au procès perdu, Lol Tolhurst va enchaîner les épreuves : la ruine, la perte d’un enfant, un divorce, l’exil en Californie et son fils qui lui est enlevé (mais qu’il retrouvera, heureusement, par la suite). Mais c’est aussi le début d’une incroyable rédemption, illustrée notamment par une virée assez irréelle dans la Vallée de la Mort. Tolhurst choisit ses mots avec soin et on parvient à saisir, dans un premier temps, tout l’étendue de son malheur. Puis, dans un second temps, son bonheur à retrouver foi en lui-même.

J’imagine que cette dernière partie a été douloureuse à écrire. Car Lol Tolhurst, en plus de revenir sur des moments particulièrement éprouvants, assume ses fautes et fait amende honorable. Lorsqu’il évoque le procès, il écrit « Je ne me rendais pas compte que j’étais l’architecte de ma propre destruction et la cause de ma chute. ». Un peu plus loin, dans la lettre qu’il écrit à Robert Smith pour tenter de recréer un lien : « Après avoir été à l’origine de beaucoup de souffrance, je voulais désormais faire le bien autour de moi ». Et du courage il en faut pour reconnaître à ce point ses torts et les écrire dans un livre !

La réponse à la question posée plus haut (pourquoi ce livre ?) figure dans les dernières pages. On apprend que le hasard l’a mis sur la route d’un éditeur new-yorkais alors qu’il avait depuis longtemps envie d’écrire un livre. Poussé par sa femme, il avoue avoir beaucoup réfléchi « avant d’en conclure que c’était un moyen d’avancer, une nouvelle voie à suivre. Je savais qu’il y avait là matière à écrire un livre, pas seulement l’histoire du groupe, mais une histoire de rédemption. »

Cured, n’est donc pas à proprement parler un livre sur The Cure, même si les anecdotes y sont nombreuses. Ici, tout est au service du récit dont l’objet est de présenter le parcours chaotique de Lol Tolhurst, un jeune anglais qui rêvait de musique et de liberté, et qui a dû affronter quelques démons personnels en cours de route. Il le précise d’ailleurs en ouverture du livre, « Il s’agit surtout de retracer les événements qui ont bien souvent été la source de mes insomnies« . De ce point de vue-là, le lecteur ne sera pas déçu. Et que ceux qui ont des doutes se rassurent : ils trouveront avec Cured – Two Imaginary Boys un livre bien écrit, inspirant et chargé d’émotion. Et pour ces raisons, il devrait facilement se trouver une place dans votre bibliothèque.

Cured
Two Imaginary Boys
Le mot et le reste
432 pages (14,8 x 21)
26 €
À paraître le 19/01/2017

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