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La trilogie glacée de The Cure : l’immersion intime des carnets Persona

Après nous avoir habitués à une revue trimestrielle d’une exigence rare, Frédéric Lemaître et les éditions Persona s'attaquent à un monument : la « trilogie sombre » de The Cure (Seventeen Seconds, Faith, Pornography). À travers trois carnets hors-série, l’éditeur nous propose une plongée quasi sensorielle dans ces œuvres intemporelles. J'ai eu le plaisir de parcourir ces ouvrages, du premier volume de 40 pages consacré à Seventeen Seconds jusqu’au pavé final de plus de 90 pages dédié aux tourments de Pornography. Je vous explique pourquoi ces carnets sont, à mon sens, des compagnons de route indispensables pour tout fan du groupe.

Des témoignages éclairés et une intimité partagée

Ce qui m'a frappé d'emblée à la lecture, c'est la pertinence des intervenants. On n’est pas ici dans la simple accumulation d’anecdotes de fans, mais dans un véritable éclairage intime. On y croise des noms familiers comme Lydie Barbarian (co-autrice de la biographie culte Ten Imaginary Years) ou les membres de And Also The Trees, mais également des fans éclairés. Connus comme inconnus ont un point en commun : leur parcours et leurs sensibilité leur donnent toute légitimité pour partager leur ressenti.

Ces témoignages nous font ainsi découvrir les liens profonds qui unissent l’œuvre de Robert Smith à ceux qui l’écoutent. L’éditeur a eu le talent de trouver des plumes capables de transmettre leurs émotions avec justesse. En lisant leurs récits, on y retrouve souvent nos propres ressentis ou, au contraire, des perspectives différentes. Ce qui tend à prouver que cette trilogie (et plus généralement l'art de The Cure) est à géométrie variable. Elle touche au plus profond, avec des facettes multiples qui continuent de se révéler quarante ans plus tard. Une longévité qui agit comme la preuve la plus tangible du génie de Robert Smith.

Au cœur de la création : genèse, technique et expérimentations

Chaque carnet s'articule autour d’un dossier central extrêmement complet signé Frédéric Lemaître. Il y décortique la genèse des albums, leur enregistrement et les tournées qui les ont entourés. Les amateurs de technique ne seront pas en reste : les détails sur les instruments utilisés et les méthodes de production en studio sont foisonnants, tout en restant facilement compréhensible.

Une place de choix est faite à la scène, véritable terrain d’expérimentation pour le groupe. On y découvre un Robert Smith tâtonnant, testant des paroles différentes en live avant de fixer les versions définitives. On réalise à quel point ce travail fut épuisant et souligne le niveau d'exigence du leader de Crawley. Et c'est peut-être une des choses que j'ai découvertes (comprises) à la lecture de ces carnets : dans cette période émergente de la carrière du groupe, les concerts étaient un terrain idéal pour Robert Smith de donner forme à ses idées et à ce son si particulier qu'il recherchait. Les auteurs distillent d'ailleurs des conseils d'écoute avisés, nous invitant à explorer des pépites comme la version live de Faith à Stuttgart lors du Wish Tour en 1992, à replonger dans les bootlegs et les versions Deluxe regorgeant de pépites, comme autant d'indices quant à la construction de l'identité sonore, scénique et esthétique de The Cure.

Une esthétique soignée au service de l’œuvre

Fidèle à l'ADN de Persona, la mise en page est pour moi une très belle réussite. Les carnets regorgent de photographies, dont certaines semblent inédites, même pour les yeux les plus exercés (mais j'avoue ne pas être un connaisseur ultime des clichés du groupe, comme peuvent l'être d'autres fans). L’ensemble est habillé d’œuvres originales (peintures, photos, dessins) qui capturent parfaitement l’atmosphère de chaque album.

Les paroles des chansons parsèment les pages comme des commentaires venant appuyer les analyses. Un soin particulier est apporté à l'évolution de certains titres emblématiques, comme Forever (utilisant le titre Three de Seventeen Seconds comme point de départ) avec notamment les retranscriptions des différentes versions chantés par Robert Smith sur scène, reflets de ses humeurs. Si l'on devait chipoter, on pourrait regretter que l’intégralité de ces textes ne soit pas systématiquement traduite pour les non-anglophones, mais c'est un détail négligeable face à la qualité globale.

Enfin, le format A5 est agréable à manipuler, et malgré la densité des informations, la lecture reste fluide et jamais faussement intellectuelle. Les auteurs se permettent même des parallèles avec la philosophie ou la psychologie sans jamais perdre le lecteur, enrichissant simplement notre compréhension du travail de Smith.

De Seventeen Seconds à la catharsis de Pornography

Si les carnets sur Seventeen Seconds et Faith affichent un volume similaire (avec grosso modo une quarantaine de pages), celui sur Pornography passe à la vitesse supérieure avec plus de 90 pages. Il fallait bien cela pour sonder cet album tout en tensions et en colères froides. Ce dernier volume prolonge d'ailleurs l'analyse au-delà de 1982 en évoquant les titres Lament et Let’s Go To Bed, le live Concert de 1984, et même les concerts Trilogy de 2002 où le groupe a rejoué Pornography dans son intégralité (aux côtés de Disintegration et de Bloodlowers).

En guise de conclusion…

À la lecture de ces carnets, on ressent une envie irrépressible de poser le disque sur la platine. C'est d'ailleurs mon meilleur conseil : mêlez votre lecture à l’écoute simultanée, les deux sont faits pour aller de pair. Que vous connaissiez ces albums par cœur ou que vous les croyiez connus, ces ouvrages vous feront découvrir de nouveaux secrets sous les voiles de la trilogie. Et on se prend à espérer une suite. Car d’autres albums méritent de passer au scanner des éditions Persona : Kiss Me Kiss Me Kiss Me, Disintegration, Songs Of A Lost World, voire The Top et Wish. D’ici là, croyez moi : une place de choix attend déjà ceux dédiés à Seventeen Seconds, Faith et Pornography dans votre bibliothèque.

Cliquez sur les liens ci-dessous pour en savoir plus et commander :

Carnet #01 // Seventeen Seconds // 42 pages // 10 €
Carnet #02 // Faith // 48 pages // 10 €
Carnet #03 // Pornography // 94 pages // 15 €

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