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Robert Smith VS The Guardian

Robert Smith est en pétard et l’a fait savoir via les réseaux sociaux. La faute à une journaliste du quotidien anglais The Guardian qui a qualifié le dernier concert du groupe de "trop long" , "décousu" et "pas assez enlevé" .

Acte I : "Cure (…) est désormais un groupe de fans"

Mais qu’a donc dit Caroline Sullivan, journaliste rock & pop au Guardian, pour déclencher l’Armageddon smithien ? On pourrait résumer ça en 4 points (et pour une traduction de qualité,  je vous conseille l’article des Inrocks à ce sujet) :

1. The Cure est devenu un groupe de fans. Caroline Sullivan compare la bande à Robert Smith à Kiss en indiquant que tous deux exploitent "des catalogues si vastes qu’ils pourraient tourner pour le restant de leurs jours sans jouer trop de fois les mêmes chansons."

2. Un manque d’intensité, du fait d’après la journaliste de "peu d’apogées ou de teasers."

3. Une ambiance trop pop, avec une "absence de la noirceur angoissante qui les a amenés là où ils en sont."

4. Un show trop long, "condensé en 90 minutes, ça aurait pu être un des concerts de l’année". 

Le fameux concert en question...

Robert Smith n’a donc pas apprécié le papier et a décidé de se manifester via la page Facebook  et le compte Twitter du groupe. À ce propos, signalons 2 choses à notre ami Robert :

1. Soit gentil mon p’tit Bob… La prochaine fois que tu écris un statut sur ta page Facebook, pense à désactiver la fonction "CAPS LOCK". Car c’est largement aussi insupportable de lire un article intégralement écrit en majuscules que de se mettre du jus de citron dans l’œil et/ou d’écouter ça.

2. Certes, en répondant à dame Sullivan via ton compte Twitter, tu fais exploser ton nombre de tweets (qui passe de 28 à 40). Mais débiter ton statut originel en 12 tweets égaux, c’est aussi passionnant à lire que regarder Derrick doublé en tchécoslovaque.

Ceci étant précisé, voici ce qu’a donc répondu notre Robert tout énervé (traduction Les Inrocks) :

"La chronique est – pour le dire poliment – une somme d’absurdités paresseuses… marécageuses… ennuyeuses… travailler à construire un show… Gloups !!! Mais nous savons désormais où nous avions tort cette fois-ci : condensé en 90 minutes, ce concert aurait été un des concerts de l’année. Nous avons joué trop de morceaux ! Han ! N’est-ce pas évident que nous donnons nos concerts (contrairement aux festivals) pour nos fans ? C’est pourquoi nous jouons un mix de nos chansons et que nous les jouons pendant aussi longtemps… Lorsqu’on va voir un artiste dont on est fan, on ne veut pas que son concert se termine… c’est ça être fan… n’est-ce pas ? (…) La ‘chronique’ du Guardian n’est qu’un rebut triste et amer."

Fin de l’acte I.

Acte II : "Hé Bob, on va boire un godet ?"

 Surprise : alors que la logique aurait voulu que Caroline Sullivan se fasse discrète, cette dernière décide de (re)prendre la parole et d’en remettre une couche. Mais plutôt de manière constructive, en donnant quelques explications :

“Quel groupe ne veut pas passer autant de temps que possible à faire quelque chose qu’il aime ? Inversement, imaginez l’intensité si l’énergie sombre, onirique du concert avait été condensée en deux heures. L’impact aurait été plus grand, libéré de la mollesse qui affecte la plupart des concerts au format long.” Elle précise avec humour : “Un long concert, au contraire, déploie une sorte d’agression du type ‘voyons-voir à quel point vous êtes dévoués’, exige une grande attention  – ce qui se fait rare dans notre culture de 140 caractères ; et part du principe que les transports publics durent toute la nuit et que personne ne doit se lever tôt le lendemain.”

On peut ne pas être d’accord avec son point de vue. Mais on peut le comprendre. Et elle finit sur une petite note d’humour pour apaiser la tension et enterrer la hache de guerre : “OK, Robert, je te paye un verre ?”. Sauf que ça n'a pas du tout marché. Robert Smith ne semble pas calmé et ne veut pas laisser échapper le dernier mot. Il répond à nouveau :

“On aurait préféré que vous fassiez une chronique avec un poil plus de compréhension, d’honnêteté (…) ‘Le rock consiste à retenir l’attention du public’ Vraiment? C’est ce que c’est censé être ? Vous pensez que c’est tout ? Ça expliquerait beaucoup. (…) On préfère le vieux dicton gothique de Disney au rocker Simmons (Ndlr : Gene Simmons, bassiste de Kiss): ‘”Nous n’essayons pas de divertir les critiques ; nous tentons notre chance avec le public"

Depuis, pas de réponse de Caroline Sullivan qui semble avoir compris que se bagarrer avec Smith c’est jouer dans "l’histoire sans fin"…

En résumé

Beaucoup de bruit pour pas grand chose… Et dans cette histoire, ce n’est pas Caroline Sullivan la plus maladroite. Robert Smith, en répondant du tac au tac à une critique de journaliste, lui accorde une trop grande importance. Il est évident qu’on ne peut pas reprocher au groupe de jouer trop longtemps ou avec une intensité soi-disant moyenne.

De même qu’on ne peut pas lui reprocher d’être trop pop. Certes, on a pu entendre un rappel 100 % "radio mix". Mais n’oublions pas des titres tels Disintegration, One Hundred Years, Want, A Strange Day, etc., qui ne sont pas vraiment des hymnes à la joie.

Mais le problème est ailleurs. En critiquant une journaliste, Robert Smith a fait une erreur. Il oublie qu’elle expose un point de vue personnel qui n’engage qu’elle-même (et évidemment son journal) qu'elle présente à ses lecteurs qui sont alors confrontés à un choix : soit ils sont d’accord, soit ils ne le sont pas. Le journalisme fait appel à l’esprit critique de chacun d’entre nous. Pourquoi Robert Smith intervient-il ? Pour rétablir la vérité ? Mais quelle vérité ? Contrairement à l’actualité « classique », ou il « suffit » de présenter des faits, il est impossible d’être objectif lorsqu’on critique un concert ou un disque. Si Caroline Sullivan a vécu le show comme barbant et ennuyeux, sans intensité et trop long, c'est son droit. Pourquoi ne l’écrirait-elle pas ? Rien ne nous empêche a posteriori, fans comme non-fans, de rejeter sa critique. Exactement comme avec un artiste, tel Robert Smith, qui propose une œuvre à son public : ce dernier y adhère ou pas.

En critiquant cette journaliste, Robert Smith critique son avis. Il dit "On aurait préféré que vous fassiez une chronique avec un poil plus de compréhension, d’honnêteté" . De "compréhension", ça peut s’envisager. Mais il lui reproche un manque d’honnêteté. Au contraire, elle en a fait preuve en donnant un avis, certes tranchant, mais certainement proche de son ressenti.

Mais il y a une critique qui, d’après moi, émerge parmi toutes celles formulées : The Cure est devenu un groupe de fans. Cette critique, qu'on peut prendre pour négative, pendait au nez de Robert Smith depuis quelques temps déjà. A force de ne jouer que des concerts "best of" (comprendre : avec de vieux titres), la presse et une certaine partie du public pensent que Robert Smith et The Cure se reposent sur leurs lauriers. Pourquoi faire appel au passé et ne jouer que des Trilogy ? Parce que Smith est en manque d’inspiration ? Car c’est une recette pour remplir des salles et gagner de l’argent ? Car c’est ce que veulent les fans ? Et Robert Smith ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question même si la "qualité" de la production de The Cure, qui semble en perte de vitesse depuis le début des années 2000, pourrait donner quelques pistes.

Il semble que le groupe soit tombé dans une routine pépère, sans aucune prise de danger. Mais quel mal y-a-t-il à cela ? Aucun bien sûr. Si Robert Smith ne souhaite jouer que des concerts de 3 h avec de vieilles chansons, il en a le droit.

Une chose est sûre : le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord serait encore de sortir un très bon album. Mais qui attend encore une telle performance ? Entre ceux qui n’y croient plus et ceux qui se contentent des prestations vintage du groupe actuellement, il y a peu de place pour les fans qui pensent pouvoir être encore surpris par The Cure. Mais surtout : Robert Smith en a-t-il encore les moyens ?

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