Les membres éphémères de The Cure

Si l’histoire de The Cure se confond souvent avec celle de Robert Smith, le groupe a été, surtout à ses débuts, un véritable laboratoire humain. Avant de devenir la machine de guerre post-punk que nous connaissons, une constellation de musiciens a traversé l’orbite de Smith, laissant une trace parfois minuscule, mais essentielle, dans la mythologie de Crawley. Voici les portraits de ces visages de passage, des bancs de l’école aux scènes internationales !
L’ère des balbutiements (The Obelisk & Malice)
Marc Ceccagno
Considéré comme le premier « guitar hero » de la bande de Crawley, Marc est une pièce maîtresse de la genèse du groupe. Fondateur de The Obelisk puis de Malice, c’est lui qui pousse ses amis Michael Dempsey et Robert Smith à s’équiper d’instruments. Cependant, ses aspirations musicales l’entraînent vers un jazz-rock plus complexe, aux antipodes du minimalisme punk naissant. Il quitte ses camarades en octobre 1976 pour fonder le groupe Amulet.
Alan Hill
L’homme de l’ombre des tout débuts. Alan Hill occupait le poste de bassiste au sein de The Obelisk. Il a participé à l’unique concert du groupe en avril 1972 lors d’une fête scolaire. Si son nom est moins cité que les autres, il fait partie du noyau originel qui a permis à Smith, Dempsey et Tolhurst de faire leurs premières armes.
Martin Creasy
Journaliste local au Crawley Observer, Martin Creasy rejoint Malice en 1976. Engagé pour sa capacité à imiter David Cassidy (et l’espoir d’obtenir des articles dans la presse !), son passage reste marqué par le désastre du concert à l’école St Wilfrid. Chantant à travers un casque de moto, il fait face à un public hostile et finit par quitter la scène en décrétant que le groupe est « de la merde ». Humilié, il quitte la ville peu après, abandonnant sa carrière de rockstar.
Graham et son frère
L’histoire n’a retenu que leurs prénoms (ou leur lien de parenté). Graham fut le premier batteur d’Easy Cure avant que Lol Tolhurst ne parvienne à le convaincre de lui céder sa place (bien que Lol n’ait pas de batterie à l’époque !). Son frère, quant à lui, fut le tout premier chanteur, simplement parce qu’il possédait un micro et un ampli. Il fut rapidement évincé car, selon les souvenirs de Robert Smith, il ne savait tout simplement pas chanter…
Le chant du cygne d’Easy Cure
Peter O’Toole

Footballeur et fan inconditionnel de David Bowie, Peter O’Toole (homonyme de l’acteur) fut le dernier rempart avant que Robert Smith ne se résigne à devenir le chanteur du groupe. Leader d’Easy Cure entre avril et septembre 1977, on peut encore l’apercevoir sur les images d’archive filmées par le père de Robert au Peace Concert de Crawley. Sa carrière rock s’achève brutalement lorsqu’il décide de partir vivre dans un kibboutz en Israël, laissant le micro libre pour Robert.
Les intérimaires de l’urgence (1983-1984)
Derek Thompson

Membre du groupe industriel SPK, Derek Thompson n’a fait qu’une apparition éclair mais mémorable le 18 mars 1983. Recruté parce qu’il possédait une basse noire (selon ses propres paroles mais rien ne prouve que ce soit réellement le cas…), il a accompagné le groupe lors d’une prestation télévisée pour l’Oxford Road Show. Sa silhouette lugubre et son jeu impeccable sur One Hundred Years s’intégraient parfaitement à l’esthétique du groupe, même si l’aventure s’est arrêtée après deux chansons.
Norman « Noko » Fisher-Jones

En 1984, The Cure a besoin d’un bassiste en urgence pour remplacer Phil Thornalley. Noko, futur membre d’Apollo 440, prend le relais pour quelques semaines. On lui doit notamment la basse sur une Peel Session culte comprenant Bananafishbones ainsi que pour l’émission Oxford Road Show. Avec son look de « Curebloke » parfait (cheveux crêpés et lunettes noires), il a parfaitement assuré la transition avant le retour des membres permanents.
Vince Ely

Ancien batteur des Psychedelic Furs, Vince Ely est appelé à la rescousse en octobre 1984 après le départ chaotique d’Andy Anderson. Admirateur de son style, Robert Smith l’engage pour onze dates lors de la tournée nord-américaine. Bien que son passage fut bref, il a permis au groupe de ne pas sombrer en plein vol, juste avant l’arrivée de Boris Williams.
Frères d’armes et remplaçants de luxe
Steve Severin

Bien qu’il soit indissociable de Siouxsie and the Banshees, Steve Severin fut le plus proche collaborateur de Robert Smith durant les années sombres (1982-1984). Membre à part entière du projet The Glove, il a aussi joué de la basse pour The Cure lors d’une performance de ballet expérimental pour l’émission Riverside de la BBC. Plus qu’un membre éphémère, il fut un mentor et une influence majeure sur l’image et le son de Robert Smith durant cette période.
Roberto Soave

En 1992, alors que la tournée Wish bat son plein, Simon Gallup est terrassé par une pleurésie. Roberto Soave, qui gravitait déjà dans la galaxie Cure via les groupes The Associates ou Presence, est appelé en renfort en 24 heures. Il assure l’intérim pendant une douzaine de dates, notamment en France, avec une précision qui impressionna Robert Smith lui-même. Une fois Simon rétabli, Soave s’effaça avec élégance, restant comme l’un des rares bassistes à avoir su porter l’héritage de Gallup.
Eden Gallup
Au cours de la décennie 2010, Eden Gallup a d’abord fait ses armes en coulisses, veillant sur le matériel de son père en tant que technicien basse pour The Cure. Cette proximité technique l’a naturellement conduit, en 2019, à vivre un tournant majeur : délaisser l’ombre pour la lumière de la scène. En assurant ce rôle de remplaçant, il s’inscrivait dans les pas de Perry Bamonte, devenant le second membre du staff technique à rejoindre officiellement les rangs des musiciens du groupe.
Cette promotion s’est opérée dans l’urgence, sans aucun avertissement préalable. Après le Paléo Festival, un empêchement familial sérieux a contraint Simon Gallup à renoncer au voyage vers le Japon. Refusant de faire faux bond à leurs fans nippons, Robert Smith et ses acolytes ont fait le pari de confier les lignes de basse à Eden pour leur tête d’affiche au Fuji Rock Festival. Sur les réseaux sociaux, le leader du groupe n’a ensuite pas tari d’éloges sur la bravoure du jeune homme, le remerciant d’avoir jeté un pont entre les générations pour sauver la situation.
L’expérience fut une belle réussite, malgré une entrée en matière chaotique sur Plainsong où Eden Gallup s’est un peu mélangé dans les notes… Mais pour son premier concert avec Tonton Robert, il est certain qu’il a fait preuve d’un flegme impressionnant, adoptant même le style caractéristique de son père avec une basse portée très bas face à son ampli « BADWOLF » sur A Forest. Ce mimétisme et ce talent ont été largement salués par Robert Smith lors d’interviews télévisées locales. Cette complicité musicale s’est confirmée quelques mois plus tard, le 12 octobre 2019, lorsqu’Eden a de nouveau endossé le rôle de pilier rythmique au festival Austin City Limits au Texas, palliant une nouvelle absence de Simon pour des motifs personnels.
Note : les photos de Peter O’Toole, Derek Thompson, Noko et Roberto Soave sont des images reconstituées avec IA à partir de photos partielles ou de mauvaise qualité.





